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Histoire Les mines de charbon
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Le charbon dans l'histoire de Châtillens

Contrairement à la voisine Oron (où les premières mines de houille s'ouvrent vers 1768), il n'y a pas eu d'exploitations minières à Châtillens au 18e siècle et, ensuite, le «bassin minier» de la localité n'a certes pas révolutionné l'économie locale, axée sur l'agriculture. L'intérêt d'un rappel historique n'en est pas pour autant moins utile.Mines 1

Les concessions minières accordées à Châtillens (et ailleurs dans le canton de Vaud) tout au long du 19e siècle, concernent une lignite noire passant à la houille, peut-être un peu trop riche en soufre, ce qui en diminue l'emploi. Elles s'inscrivent dans la continuation de la politique bernoise qui, dès le début du 18e siècle, afin de préserver les forêts, source du charbon de bois, tend à favoriser l'extraction de «charbon de pierre» ou «de terre».
La première référence à une exploitation de houille sur le territoire de Châtillens remonte à 1813. En novembre de cette année, un dénommé Rittener obtient une réponse favorable à une demande d'exploitation de mine au lieu dit «Es Essis»; la concession est assortie de la condition «de s'entendre avec le propriétaire du terrain pour les dommages éventuels». Ce dernier, qui n'est rien d'autre que le conseiller d'Etat (et notaire) Louis-Etienne Jan de Châtillens, s'empresse de prévenir les dégâts en demandant à son tour, en janvier 1814, une concession en son nom, apparemment sans véritables intentions de devenir entrepreneur de mines. Cette démarche parvient cependant à l'effet escompté: la cessation forcée des fouilles en décembre 1814; le charbon extrait entre-temps par le sieur Rittener ne dépasse pas ainsi les 450 quintaux.

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La mention suivante est celle contenue dans les procès-verbaux des autorités communales et qui date de 1840.


Cette année-là, au mois de mars, la Municipalité examine une demande du citoyen anglais John Williams, ancien mineur à Saint-Etienne (France), «tendant à ce que la commune lui accorde un droit de chemin de douze pieds de largeur, partant de la digue du moulin de Fiaugire et longeant le canal de ce moulin jusqu'à environ 95 toises, jusqu'au ruisseau de l'Aveux qui le traverse, puis se détachant du côté de bise, pour venir joindre le chemin de Sous-la-Crauza, afin d'avoir un débouché pour la houille et pour la chaux».


Le document poursuit: «Le prédit Williams a promis de payer comptant à la Commune une indemnité de 10 batz par toise carrée sur l'étendue ci-dessus et s'engage d'établir le dit chemin sans cependant porter aucun préjudice au dit canal. De plus il s'engage d'établir un chemin depuis le ruisseau de l'Avaux, de là tendant au coin d'orient et midi du fond de terre appelé Arraz appartenant à l'hoirie d'Emmanuel Jan et longeant les limites du dit fond jusqu'au chemin tendant dès la Chervettaz à la Grande-Route, lequel la Municipalité a joué convenable de le tracer et de canceller celui qui existe par le milieu de la propriété communale et rétablir et à maintenir en bon état le chemin depuis Sous-laCrauza à la Grande-Route passant sous les Esserts de Châtillens et entre la Croix et la Vuchairaire pendant tout le temps que le dit Williams ou qui que ce fut d'autre exploiterait la mine. Etant aussi spécifié que lorsque la mine viendrait à être abandonnée ce chemin reste propriété de la Commune et ne pourra servir à aucun autre usage qu'à celui de la mine. De plus tout le bois qui se trouve sur l'étendue du terrain destiné au dit chemin est réservé en faveur de la Commune».

En octobre 1841, la Municipalité propose l'affaire au Conseil général et en janvier 1843, John Williams est invité à produire, sans délais, son permis d'établissement. Mais par la suite, les documents manquent, qui auraient pu nous permettre de dire si l'exploitation a vraiment démarré et combien de temps elle a duré.

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Les mines 2 Vers 1850, la navigation à vapeur sur le Léman, le développement de l'éclairage au gaz et surtout celui des chemins de fer, favorisent l'extraction vaudoise du «charbon de terre». Les demandes de concession se multiplient: 86 sont accordées jusqu'en 1912.


A Châtillens, lieu dit «En Possession», des travaux miniers sont entrepris par David-Samson Milliquet et Jean-François Mullener: «sa pompe de Châtillens est actionnée par des rouages établis sur la Broye» - écrit André Claude.

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Dans un prospectus de 1857, Milliquet (qui exploite aussi des mines à Palézieux-Ecoteaux et à Pully-Belmont et est actionnaire de la «Société vaudoise d'éclairage par le gaz») décrit la mine de Châtillens - dont la concession remonte à 1849 et suit en importance celle de Pully - propriété de la «Compagnie des houillères du Léman». Nous lisons:
«située sur un plateau, à 1 km d'Oron et à 2 km de Palézieux, encaissée entre la Broye et le Grenet. Un système hydraulique ingénieux a été mis en place pour le travail des pompes et des wagons, de sorte que les trois galeries en exploitation présentent des résultats très avantageux. L'ingénieur Bermont a calculé qu'on pourrait en tirer environ 115000 tonnes de houille».


Le même David-Samson Milliquet, bourgeois de Pully, y domicilié, vend en octobre 1857 à la «Compagnie des houillères du Léman», dont le gérant est Charles-Antoine Mercanton, bourgeois de Riex, avocat à Lausanne, des biens immeubles sis dans les communes d'Oron et de Palézieux et d'autres situés dans celle de Châtillens, soit:
« à l'intérieur, Es Essis, sur le terrain loué de Daniel-Louis Rogivue, appartenant à son épouse Jan, un hangar occupant une superficie de cinq perches, septante cinq pieds, à l'entrée de la mine, ayant au-dessus logement d'ouvriers» (notaire Frédéric Pasche d'Oron: «Registe de 1856 à 1861»).


Les prévisions des exploitants prévoient l'écoulement du minerai sur les usines à gaz de Vevey, Lausanne, Fribourg et Berne, voire sa vente aux chemins de fer qui débutent (le transport s'effectue, jusqu'à la veille de la première guerre mondiale, par chars à chevaux ou par barque). En réalité, en 1859 déjà, la «Compagnie des houillères du Léman» est en liquidation. Seules les mines d'Oron continuent leur activité - avec l'adjonction d'un four à chaux et d'une tuilerie - en changeant cependant deux fois de propriétaire entre 1860 et 1866.


C'est que, dès la fin des années 1860, le développement du transport par rail favorise la concurrence du charbon étranger, ce qui provoque le déclin des sociétés minières de plus grande envergure; seulement les petits exploitants à caractère artisanal, qui jouent un rôle dans une économie très localisée, sont à même de survivre, dans la mesure où ils se contentent d'un modeste profit.


Les mines 3Dans ce contexte d'ambitions limitées, quatre nouvelles concessions sont accordées, en mars 1872, à un certain Courvoisier et à Mullener, pour des gisements situés sur le territoire de Châtillens.

Une des concessions, attribuée en commun à Daniel-Louis Décorvet et Jean-François Mullener, intéresse une propriété communale en «Es Essis». Signalons, qu'en mars 1858, a eu lieu, pour 400 francs payés comptant, la vente, de la part des enfants de feu le conseiller d'Etat Etienne-Louis Jan, de Châtillens, d'un terrain à pâturage de 93 perches en faveur du même Daniel-Louis Décorvet, bourgeois de Villarzel, qui possède déjà un terrain limitrophe (notaire Louis Demiéville de Palézieux: «Registre de 1855 à 1858»); s'agissait-il de «terres à charbon»?


Mais les difficultés surgissent aussitôt et le Conseil d'Etat demande à l'entreprise Courvoisier-Mullener le dépôt, chez le préfet du district, de la somme de mille francs «pour garantir la réparation des dommages résultant des fouilles»; cette somme sera remboursée par la Commune de Châtillens en avril 1874, c'est-à-dire au moment où la concession résulte périmée.


Exploitation de brève durée donc, tant et si bien qu'en 1887, le préfet d'Oron - chargé d'établir la liste des houillères en activité dans son district - peut sans autre écrire que «toutes les mines... sont fermées dès longtemps».

C'est seulement avec l'octroi, en septembre 1918, d'une concession à la «Société des mines de charbon d'Oron», constituée (avec une participation financière de la commune de Lausanne) en février de la même année sous la direction des ingénieurs genevois Brolliet et Piccard, qu'il est à nouveau question de Châtillens. En effet, si les recherches et l'exploitation n'ont pas dépassé dans la pratique la région de Palézieux et celle de Bussigny, l'autorisation s'étendait aussi à Oron, Chesalles, La Rogivue, Ecoteaux, Maracon, Les Thioleyres, Vuibroye, Puidoux, Les Tavernes, Essertes, Forel et Châtillens.


Malheureusement, les prévisions géologiques n'ayant pas été confirmées, la société renonce à poursuivre son activité en avril 1920.


Une extraction plus suivie a par contre lieu entre 1940 et 1947 et parmi les dix mines ouvertes à cette époque, il y a, à nouveau, celle de la Possession, à Châtillens; elle donnera la production la plus importante (25'867 tonnes sur un total vaudois de 194'849 tonnes). Une petite mine située sur le territoire des Tavernes donnera, de 1940 à 1945, une production de 591 tonnes.


En 1944, le nombre des mines en activité commence à diminuer: 9 en 1945, 8 en 1946, mais une seule à la fin de la même année.


C'est qu'au moment où «du stade artisanal, le charbon romand avait pris le virage de l'industrie, la fin de la guerre et la réouverture des frontières au charbon étranger marquent un nouveau déclin pour le charbon romand qui n'est plus compétitif.


Les mines 4Face au chômage menaçant, le 1er février 1946, 1200 mineurs - partis respectivement d'Oron, de Châtillens, de Paudex et de Belmont - marchent sur Lausanne, derrière les drapeaux de la FOBB. Ils proposent la prise en charge obligatoire, par les importateurs de charbon, d'une part au moins de la production indigène.


En dépit de cette détermination, la dernière mine de charbon vaudoise encore ouverte, celle de Châtillens, est fermée en avril 1947 (production des quatre mois de l'année: 3'914 tonnes).

Restent aujourd'hui, à perpétuer le souvenir du travail des «gueules noires» de chez nous, une «Amicale des mineurs du bassin d'Oron» (fondée en 1947) et un drapeau conservé au Café de l'Union du chef-lieu de district *.

Cl. Cantini

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Sources.

  • André Claude, «Un artisanat minier: charbon, verre, chaux et ciments au Pays de Vaud», Lausanne 1974.

  • Archives cantonales, Lausanne.

  • Archives communales, Châtillens.

Article paru dans "Le Courrier" d'Oron du 12 septembre 1986

* Le drapeau des mineurs a été retrouvé dans une brocante en 2004 et est maintenant détenu par la Commune de Châtillens.